Le don d’organes n’est pas un sujet facile parce qu’il nous fait envisager notre propre mort au sein de notre famille, avec les êtres qui nous sont le plus proches. Mais aussi parce qu’il fait appel à nos croyances religieuses et notre conception personnelle sur la vie et la mort. Sujets douloureux et souvent tabous.
Les spécialistes du don d’organes, médecin, coordinatrice, ou volontaires dans les associations en faveur du don d’organes insistent sur la nécessité d’en parler avant qu’il ne soit trop tard parce qu’il est plus facile de régler ces questions douloureuses lorsqu’on connaît et peut respecter la volonté du donneur.
Comment et avec qui aborder le sujet de notre corps après la mort ?
A nous de réfléchir et de poser les questions avant que ce
ne soit trop tard.
Don d’organes selon la Halakha ?
Les impressionnants progrès accomplis par la médecine moderne en général, et en particulier dans le domaine des dons et greffes d’organes, ont intéressés les décisionnaires et talmudistes de tout temps.
Les dons d’organes font appel à des donneurs vivants ou morts. Pour se livrer à de telles opérations il faut prendre en compte trois hypothèses de base :
- La première est que la greffe ne mette pas en danger la vie du receveur. Cette précision est nécessaire, car elle nous permet d’exclure toutes les greffes expérimentales.
- La seconde nous oblige à nous pencher sur la définition de la mort si certains avis estiment que seul l’arrêt du cœur permet de constater le décès, d’autres acceptent le concept de mort cérébrale, déterminé par l’absence d’activité du cerveau et du cervelet. Le Grand Rabbinat d’Israël a apparemment adopté cette seconde position.
- La troisième est représentée par l’importance des succès enregistrés dans les différentes transplantations.
Dr Izhak Dayan
Grand Rabbin de la CIG
Le
don d’organes
Les
progrès de la médecine ne cessent d’interpeller toutes les notions que nous
pouvons avoir sur la vie en général, et sa sauvegarde en particulier. La
médecine élargit son cercle à des non-médecins parce
qu’il ne s’agit pas seulement de soigner, de réparer un corps ce qui est du
ressort du médecin.
La
création de commissions d’éthique, d’un enseignement de l’éthique aux étudiants
en médecine attestent que le soin de la vie et sa sauvegarde font appel à la
conscience de tout un chacun alimentée par la religion, la philosophie, la
culture.
Dans
le judaïsme, la vie a valeur suprême. Au nom de sa continuité, presque tout est
permis. Ce presque peut se traduire par pikouah nefesh. Sauver une vie humaine est un impératif sauf si
cela engage à commettre un inceste, un meurtre ou blasphémer le Nom. Ce qui
revient à dire qu’il faut préserver la vie et les valeurs d’une vie.
Avec
le don d’organes, les frontières ne sont
pas simples. Il faut conjuguer entre le principe de pikouah
nefesh et ce qu’apporte la médecine. On en revient
alors aux définitions premières : qu’est-ce que la vie, quand intervient
la mort, que se passe-t-il pour celui qui fait don d’un organe, quelles sont
les chances de réussite d’une intervention aussi lourde ? Questions d’un
abord primaire mais que les progrès de la médecine relancent sans cesse.
Pour
continuer dans l’enquête, nous nous sommes adressés à des donneurs d’organes
porteurs d’une carte. Pourquoi cette
carte sur soi ? Il n’y a rien à dire, c’est évident non. La réponse
est limpide et se passe de commentaire.
Et
pourtant le nombre de gens en attente d’un organe sain est élevé, très élevé.
Et
si c’était un manque d’information tout simplement, une crainte de contrevenir
à ses coutumes, à des principes auxquels on croit ne pas pouvoir toucher?
Françoise
Buffat, se penche dans Une greffe miraculeuse,
Slatkine, 2003,avec
l’imagination de la romancière et le professionnalisme de la journaliste sur le
don d’organes. Les réactions à son livre confirment toutes les questions en
suspens que suscitent la vie par et avec le don
d’organes.
Il
nous reste à engager le dialogue entre le rabbin, le médecin, la romancière, le
témoin, les organisations sur le don
d’organes et explorer ensemble les attitudes que nous pouvons
revendiquer au sein de notre identité.