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Fémina No 38
22 septembre 2002 |
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Au nom du fils
A la mort de Denis, 18 ans, Pascale Baer-Lilla fait don de ses organes. Elle fait plus encore, elle décide de combler une lacune en créant un inventaire informatisé qui recense tous les donneurs potentiels de Suisse. RencontreLe 6 janvier dernier, le temps sest arrêté dans la vie de Pascale Baer-Lilla. Au petit matin, son fils Denis est retrouvé inconscient après un accident de voiture, à 600 mètres de la maison. Début de lapnée pour Pascale et Guy, 16 ans, son second fils. Plus de trois heures à attendre aux urgences, sans nouvelles. Puis des heures à espérer que ldème cervical se résorbe, à parler, à chanter à mi-voix, à serrer la main de Denis. « On aime le contact dans la famille.» Le personnel médical na pas forcément compris. Elle a dû insister, menacer dalerter la presse, faire des pieds et des mains pour accompagner Denis partout. « Je ne voulais pas quil séteigne seul.» Lorsquun quun médecin évoque la mort cérébrale, après deux scanners et les examens dusage, Pascale nhésite pas une seconde. Denis va donner de la vie plus loin, comme il en avait dailleurs émis le souhait en prenant une carte de donneur. Mais, cette carte, il ne la porte pas sur lui et en tant que donneur potentiel il nest enregistré nulle part. Sa mère est donc la seule à pouvoir faire respecter son «testament biologique». Devant la porte du bloc opératoire, Pascale et Guy prennent congé de lui, sereins. «On lui a dit : Vas-y, passe le relais.»
Tirer la porte, se replier sur le chagrin, ce nest pas le style de cette femme croyante et battante. « Dans 10 ans, à 50 ans, est-ce que jaurais pu me regarder en face et me dire : voilà, tu nas rien fait ?» Lorsquelle réalise que son fils aurait pu mourir sans que personne ne connaisse ses positions face au don dorganes, la Montreusienne décide dagir. «A lheure actuelle, il existe une carte de donneur disponible dans les pharmacies. Si vous ne la portez pas sur vous, le personnel médical ne sait pas quel est votre choix à ce sujet.» Doù lidée de créer un listing des donneurs potentiels. Pour ce faire, cette directrice marketing dune université privée de la Riviera prend un congé sabbatique de trois mois. Ficher les personnes intéressées nest pas sorcier, mais cela coût cher. Pour dénicher les fonds Pascale Baer-Lilla et Guy ont commencé par créer la Fondation « Passez le Relais». Cautionnés par Swisstransplant, ils sactivent actuellement à réunir 100'000.franc, 10'000 signatures et essaient de trouver des parrains. «Nous voulons lancer une campagne de promotion avec des personnalités sportives, politiques, sur des affiches format mondial.» Pour lheure, Pascale a vu plusieurs politiciens, dont un conseiller fédéral, et elle multiplie les contacts tous azimuts. Une fois le projet sous toit, elle reprendra un job dans le marketing. «On veut juste parvenir à un finalité.» Elle avance vers son objectif aidée par des bénévoles. Guy, ses amis et ceux de Denis, «ses petits coaches» comme elle le dit, essaient de faire bouger les choses de leur côté. «Ils me demande tout le temps où jen suis.» « Le don dorganes est tabou, mal promu, peu financé. Pourtant, ce nest pas la honte, pas la lèpre ni la peste.» Vivre au présent Les semaines suivant le décès de Denis, Pascale a cherché à prendre des nouvelles des transplantés. Le personnel médical lui a fait comprendre que ce nétait pas très sain. «Je minquiétais juste de leur état. Cur ou poumons, ce sont leurs organes désormais.» Et plus ceux de Denis. Lui, cétait «du vif argent», un gars de 2 mètres avec la pêche. Si sa tête avait frappé quelques centimètres plus bas, sa mâchoire aurait été fracturée, sans plus. Mais avec des si . «Cest la fatalité, que peut-on dire dautre», fait-elle. De ses parents, Pascale a glané «la plus belle vérité» : vivre linstant présent. «La vie est tellement futile et si courte». Elle sort une photo de Noël dernier. On y voit des visages épanouis, heureux. «Une période pleine damour.» Elle évoque les vacances passées à découvrir le monde. Mais linstant présent, cest la Fondation. Faire quelques chose pour que dautres morts prolongent dautres vies. Dans le futur, elle pense à changer de job, à déménager. «Pour faire place nette.» Petit à petit, la chambre de Denis devient un bureau, mais il y a toujours ses planches à roulettes posées dans un coin. Sylviane Pittet Passez le Relais tél. 021/ 964 19 15 Portable 079/ 212 02 29 Dons : CCP 69-6966-7 www. passezlerelais.org e-mail : info@passezlerelais.org |
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