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L'Illustre - 12/11/2003
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Line Renaud à Lausanne "C'est un signe, le TGV s'appelait Ligne de cœur Difficile de faire venir une grande dame comme elle, très très sollicitée, pour soutenir un projet humanitaire. Mais pour Pascale, Suzanne et Guy, Line Renaud a répondu présente! Par Patrick Baumann et Philippe Dutoit (photos) "Madame Line Renaud. Aux bons soins du facteur, Bougival." C'est ainsi que tout a commencé. Sa lettre, Suzanne Lilla l'a envoyée au petit bonheur la chance, sans imaginer ce qui allait suivre. Une lettre au débotté pour cette fan de 73 ans dont la silhouette et le regard ont un petit quelque chose en commun avec la chanteuse française, de deux ans son aînée. Suzanne a perdu un mari, comme Line. Comme Line, qui l'explique dans son dernier livre "Loulou, dessine moi un arc-en-ciel", Suzanne croit aux signes, ces petits indices précieux, cailloux de Petit Poucet pour trouver son chemin dans le chagrin et se persuader que les morts continuent à nous veiller et à nous le faire savoir. Et puis le 6 janvier 2002, Suzanne a perdu son petit-fils, Denis, 19 ans, décédé dans un accident de voiture. Un grand gaillard sensible qui avait toujours affirmé son désir de donner ses organes pour sauver d'autres vies. Pascale Lilla, sa maman, a respecté ce vœu. Sept organes du petit-fils de Suzanne sont allés à huit receveurs. Huit petites résurrection, huit familles à nouveau dans la joie. On n'allait pas s'arrêter là. Pascale est allée plus loin, quittant son job de directrice de marketing pour fonder avec son fils Guy une Fondation "Passez le Relais" qui compte aujourd'hui de nombreux bénévoles avec des buts très simples : Parler du don d'organe, l'encourager, briser les tabous et surtout créer une carte de donneur dont les données seront enregistrées dans un registre informatisé. 54 personnes sont mortes l'an passé dans ce pays faute d'organes. C'est ce que Suzanne a raconté dans sa lettre à Line Renaud. "Aidez ma fille, vous êtes son modèle, ce que vous avez fait pour le sida, elle aimerait le faire pour les transplantations d'organe". Et Line a répondu. Bon, ok, elle habite Rueil-Malmaison, et pas Bougival mais les deux communes se touchent et le facteur connaît l'adresse. Le sourire au bas des lunettes s'intensifie à l'évocation des faits. "Je reçois des dizaines de milliers de sollicitations par année. Je ne peux pas m'engager partout, si je m'éparpille, je ne suis plus crédible. Mais cette lettre-là avait quelque chose de particulier..." Suzanne en a eu les jambes coupées quand la voix au téléphone lui a dit :" bonjour, c'est Line Renaud. " Depuis les deux femmes se sont trouvé une quantité de points communs et tchatchent régulièrement au téléphone ; et, surtout, Line a accepté d'être l'ambassadrice de la fondation auprès de toutes les personnes importantes qu'elle rencontre. Et du monde, l'amie personnelle de Jacques et Bernadette Chirac en rencontre. Avec "Ensemble contre le sida", l'association d'utilité publique créée en 1994, ce sont des dizaines de millions de francs qui ont été récoltés ces dix dernières années. Généreuse, on l'est de mère en fille dans la famille de Line, fille de corons. Il y a des gens chez qui la générosité diminue avec l'âge, comme la vue ou l'énergie, chez Line ça n'en finit pas de pousser. Et puis elle a toujours nourri une passion d'écolière pour les scientifiques. "Il y avait un grand médecin dans la famille de Loulou. Vous remarquerez qu'il y a un Gasté inscrit sous l'Arc de Triomphe." Jeudi dernier, elle a débarqué à Lausanne pour honorer de sa présence le gala de la Fondation Passez le Relais au Palace de Lausanne. Line, meneuse de revues à Las Vegas, et qui a fréquenté les plus grandes stars du music-hall américain, de Sinatra à Dean Martin, a applaudi bon enfant les exploits chorégraphiques de Mme Tise et M. Juvet, danseurs sportifs, découvrant ravie la jet set romande, de Charles Favre à Dano Halsall. Elle met une main sur l'épaule, chaleureuse, s'amuse d'avoir encore capté un ultime signe de Loulou. "Le TGV s'appelait Ligne de cœur, d'habitude je ne prends que des Thalys". On comprend sans peine avec cette chaleur enveloppante qui est la sienne pourquoi elle est devenu la maman de substitution d'une Muriel Robin ou d'une Michèle Laroque. Sans parler de Claude Chirac, fille de président, qui l'appelle régulièrement sur le Natel pour l'enjoindre de ne pas se coucher trop tard. Désolé, Claude, elle s'est couchée au petit matin, bonne cause oblige. S'est souvenu que juste avant de partir en Suisse, elle a appris qu'une comédienne connue, pour qui elle avait alerté des personnages certainement haut placés, avait enfin reçu le cœur qu'elle attendait depuis de longs mois. "Pour l'instant je ne peux pas vous dire son nom. Mais peut-être viendra-t-elle à Lausanne l'an prochain" souffle-t-elle à Suzanne. La vie, la mort. Elle a parlé de José Giovanni, le réalisateur établi en Valais qui a découvert dans les archives de la prison de Lyon,au gré d'un tournage sur la vie de son père, une lettre adressée à Line Renaud voici quarante ans par un condamné à mort. "Il m'affirmait aller plus serein à la guillotine grâce à Ma cabane au Canada. Je ne l'avais jamais reçue !" Mais le temps passe et il s'agit de ne pas rater son train, Line a invité Sylvie Vartan à dîner, et elle ne sait pas encore à quelle sauce elle va être mangée. Son large sourire, encore une fois. "Elle sera la première à qui je vais parler du travail extraordinaire de Pascale et sa famille." Pba. |
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