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La Presse Riviera Chablais - 02/07/2002
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| Transplantation dorganes: seuls 15% des Confédérés seraient bien informés «La Suisse doit prendre ses responsabilités» Les dons dorganes continuent à faire cruellement défaut en Suisse. Lan dernier, trente-deux personnes sont décédées faute de donneurs. Une Montreusienne sengage pour lutter contre ce déficit dinformation.
Frappée par la mort tragique de son fils le 6 janvier dernier dans un accident de la circulation à Tavel-sur-Clarens, la Montreusienne Pascale Baer-Lilla déplore le déficit dinformation qui règne au sujet des donneurs potentiels dorganes en Suisse et entend combler cette lacune (voir ci-dessous). Le décès de son fils aura néanmoins permis, grâce au prélèvement de sept de ses organes, de soulager, voire de sauver, des vies humaines. Dautres nont pas eu cette chance. En 2001, 1030 personnes se trouvaient sur les listes dattente et seuls 424 organes de 95 donneurs ont pu être transplantés. Cette année, de janvier à mai, 22 receveurs potentiels sont déjà décédés. Et depuis trois ans, le nombre de donneurs a continuellement diminué: en Suisse, on ne compte actuellement quune douzaine de donneurs dorganes sur un million dhabitants. Derrière ces chiffres bruts, il y a beaucoup de souffrance, de deuil et despoir, explique Trix Heberlein, présidente de la Fondation nationale pour le don et la transplantation dorganes. Cest pourquoi il est important dinformer la population, souligne la conseillère nationale (PRD/ZH). INFORMER ET RASSURER A loccasion de la Journée du don dorganes, le 22 juin, Swisstransplant a organisé des stands dinformation dans de nombreuses villes pour présenter son nouveau logo, de nouvelles brochures et une nouvelle carte de donneur. Carte qui reste dailleurs actuellement le seul moyen de sidentifier comme donneur, rappelle Trix Heberlein. En Suisse, on ignore le nombre de donneurs dorganes vu quil nexiste aucune centralisation de linformation contrairement à celle qui concerne les receveurs. Selon les statistiques, seuls 11% des Helvètes possèdent une carte de donneur alors que 80% dentre eux seraient favorables au principe de la transplantation. Seuls 15% environ des Suisses sont, en outre, informés correctement sur les possibilités, les bénéfices et les conditions du don dorganes, souligne le professeur Philippe Morel, président du comité médical de Swisstransplant. Or, chacun devrait se poser la question de ce quil adviendra de son corps après la mort. Ce nest en effet que sur la base dune information complète que chaque individu peut décider sil veut donner un organe ou non, poursuit-il. Selon lui, il faut du courage, de laltruisme et de labnégation pour accepter le don dorganes. Et cette décision est proprement impossible à prendre en cas durgence ou de deuil. La campagne dinformation, indispensable dans ce domaine, ne peut être prise en charge par la seule fondation Swisstransplant (dont le budget sélève à 800000 francs), qui ne reçoit aucun soutien financier de la Confédération, relèvent Trix Heberlein et Philippe Morel. Les instances dirigeantes devraient autant informer le public sur le don dorganes que sur le tabac ou lalcool, estime le professeur. Car la transplantation est aussi une médecine déconomie, ajoute-t-il. A titre dexemple, une transplantation de foie coûte 120000 francs. Un patient malade du foie qui nest pas transplanté sera de plus en plus malade et devra être de plus en plus souvent hospitalisé. Résultat: à sa mort, il aura coûté deux fois plus quun patient ayant bénéficié dun don dorgane. LEXEMPLE ESPAGNOL LEspagne est un exemple à suivre en matière de dons dorganes, estime lHôpital universitaire de Zurich (USZ). A linstar de la fondation nationale Swisstransplant, il mise sur la sensibilisation pour améliorer la situation. LEspagne est un des pays qui compte le plus de donneurs dorganes, 33 pour un million dhabitants. Ce succès serait dû en particulier aux campagnes de sensibilisation mises sur pied à plusieurs reprises dans la péninsule ibérique, commente le chirurgien à lUSZ Pierre-Alain Clavien. Un voyage en Espagne a permis à lUSZ de se faire une idée de la direction à prendre. Le médecin zurichois sest dit impressionné par les échanges dinformations entre les hôpitaux, le professionnalisme des centres de conseils, même dans les établissements de taille modeste, et par les transports des organes dun hôpital à un autre. Les structures centralisées en vigueur en Espagne contribuent à ces résultats. Malgré tout, la Suisse peut, selon Pierre-Alain Clavien, beaucoup apprendre de lexpérience espagnole, notamment en ce qui concerne la collaboration entre hôpitaux. La région zurichoise est particulièrement concernée par la question des dons dorganes. Deux cent quarante personnes y sont actuellement en attente dune transplantation, sur 590 pour toute la Suisse. De manière générale, les Alémaniques sont plus réticents à faire don de leurs organes que les Latins. C.B./(ats) Site Internet de lassociation: www.swisstransplant.org |
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| Deux Montreusiens envisagent de créer une banque dorganes «Nous voulons combler une lacune» Pascale Baer-Lilla et son fils Guy ont décidé de dresser un inventaire informatisé permettant de recenser les donneurs potentiels. Dans ce but, ils entendent créer une fondation dénommée Passez le Relais. «Je ne suis pas courageuse, mais outrée par lincohérence et le manque de logique qui règne en matière de dons dorganes. La Suisse a une quarantaine dannées dexpérience dans ce domaine mais ne cherche visiblement pas à en tirer parti.» Pascale Baer-Lilla ne parvient pas à comprendre pourquoi, en Suisse, seuls les malades en attente dorganes sains sont recensés. «Les donneurs potentiels dorganes ne sont enregistrés nulle part. Il y a là une lacune immense, que nous voulons combler rapidement.» Le décès de son fils Denis (voir ci-dessus) a incité la Montreusienne à Passez à lacte. Directrice marketing dans une université privée à Montreux, actuellement en congé maladie, elle entend créer une banque de données informatisée permettant de recenser tous les donneurs potentiels avec leurs noms et prénoms. Dans ce but, elle compte réunir les 100000 francs nécessaires à la création de la fondation dénommée Passez le Relais dont lun des buts est de se faire une idée précise de loffre dorganes. Lautre étant dinformer. «RIEN NE SERT DE PARTIR AVEC SES BIJOUX» «Je suis sensible à cette question des dons dorganes depuis longtemps. Jai pris la décision dautoriser le prélèvement de mes organes, il y a une vingtaine dannées déjà. Comme jétais prête à recevoir des organes, je me suis dit quil fallait également que je sois disposée à donner les miens. Jen ai parlé à Denis qui a également été convaincu. Il estimait notamment que "cela ne servait à rien de partir avec ses bijoux". Lors de son accident, il ne portait toutefois pas sa carte de donneur sur lui. Si je navais pas été là, personne naurait pu faire respecter son testament biologique. Denis est finalement parti noblement, comme il lavait souhaité.» Il y a un mois, un autre événement a définitivement conforté la Montreusienne dans lidée de créer une banque dorganes: «Jai eu un accident de voiture. Blessée au dos, jai été transportée en ambulance. Les ambulanciers mont confié quil navaient pas le droit de poser des questions au sujet du dons dorganes à la personne prise en charge dans le véhicule. Or, ma carte de donneuse était restée dans ma voiture. Si javais dû décéder à ce moment-là, on naurait pas pu prélever mes organes. Je trouve que la situation est dramatique. Ce nest quau moment où la vie sen va, que le corps médical commence à négocier avec les familles. Pour éviter de devoir prendre une décision aussi cruciale dans lurgence, mieux vaut anticiper.» Lopération que mène Pascale Baer-Lilla lui permet aussi de faire face à son deuil: «Cet engagement constitue ma manière à moi daffronter lavenir. Grâce à cette action, jai le sentiment que mon fils nest pas mort pour rien.» «BRISER UN TABOU» A ce jour, la Montreusienne dit navoir reçu que des réactions positives et des promesses de dons pour près de 10000 francs. De son côté, elle a mis de sa poche près de 8000 francs jusquici pour lancer son projet, présenté officiellement à Swisstransplant le 18juin, association avec laquelle elle entame une collaboration. «A terme, si tout se déroule comme prévu, une société devrait être créée avec quatre ou cinq postes de travail (secrétariat, permanence, réactualisation des données). Outre des ressources financières, nous avons aussi besoin de locaux », ajoute-elle avant de conclure: «Dans notre société, la mort est un tabou quil sagit de briser. Pour ma part, jai eu loccasion de lapprivoiser toute jeune grâce à des discussions avec mes parents qui mont toujours recommandé de vivre pleinement le moment présent, en gardant à lesprit que je pouvais mourir demain.» Claude BÉDA Renseignements: Association Passez le Relais, Pascale Baer-Lilla, Email: info@passezlerelais.org. Site Internet (dès le 4 juillet): www.passezlerelais.org. Téléphone: 0219641915. Dons: Banca del Gottardo, compte 648949, clearing 8610, CCP 69-6966-7.
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Lavis dun chef des soins intensifs au CHUV «Une question de liberté» Chef des soins intensifs de chirurgie au CHUV à Lausanne et président du comité exécutif de la Fondation suisse pour soutenir le don dorganes (FSOD), René Chioléro ne pense pas quune meilleure information permettrait daugmenter le nombre de donneurs dorganes en Suisse. René Chioléro, estimez-vous que la Suisse est à la traîne en matière de dons dorganes? Je ne le crois pas. Il faut savoir que dans ce domaine il existe deux types de pays: ceux qui, comme la Suisse, estiment quil faut obtenir le consentement des familles et ceux où ce consentement nest pas obligatoire. En Belgique, par exemple, il est nécessaire de stipuler expressément de votre vivant que vous ne souhaitez pas que vos organes soient prélevés à votre décès. En Espagne, où la liberté des familles est diminuée, le nombre de donneurs est, il est vrai, plus élevé. En Suisse, nous nous trouvons dans une société libérale et nous avons choisi de privilégier le respect de lindividu. Une nouvelle loi est néanmoins à létude. Dans un premier temps, le Conseil fédéral envisageait de saligner sur lexemple espagnol avant de faire marche arrière pour garder ce consentement direct. Il ne sagit pas de changer la loi et de faire peur au citoyen suisse. Nous ne pouvons pas, à mon avis, restreindre la liberté des familles. En Suisse, les donneurs potentiels dorganes ne sont toutefois pas recensés de manière systématique. La FSOD notamment sattelle à identifier tous les donneurs potentiels. La Suisse est néanmoins un pays compliqué. Ce qui est valable au Tessin ne lest peut-être pas ici. Nous ne pouvons pas concrétiser un projet qui ne serait pas accepté par tous Le déficit dinformation nen reste pas moins bien réel. Seuls 11% des Suisses possèdent une carte de donneurs alors que 80% dentre eux seraient, semble-t-il, prêts à faire dons de leurs organes. Il existe des pays où tout le monde doit sannoncer. Au Canada, on a envisagé de faire figurer la mention «donneur dorganes» sur le permis de conduire. Ce projet na pas augmenté pour autant le nombre de donneurs et a été abandonné. Quand il sagit de passer à lacte, les gens sont beaucoup plus réticents. Je ne crois pas quun matraquage dinformations permettrait daugmenter le nombre de donneurs. Faire don de ses organes nest pas une question simple. Cest néanmoins, il est vrai, une question dintérêt national. Selon un sondage, les urgentistes ne seraient pas disposés, dans leur majorité, à faire dons de leurs organes. Pourquoi? Face à la mort, les soignants sont sans doute des Suisses comme les autres Votre avis sur laction de Pascale Baer-Lilla? Je pense effectivement que cette action répond à un besoin. Elle pourrait dailleurs faire lobjet dune étroite collaboration avec la FSOD. Propos recueillis par C.B. |
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