La Liberté & Le Courrier
mardi 30 juillet 2002
DON D’ORGANES
Une Montreusienne brise les tabous


NICOLE METTRAL
En mémoire de son fils de dix-huit ans, mort dans un accident de voiture en janvier dernier, la Montreusienne Pascale Baer-Lilla a mis toute son énergie pour créer un fichier recensant les coordonnées de tous les donneurs potentiels et sensibiliser les gens à la question. Elle s’attaque à un véritable tabou: en Suisse, les citoyens sont très réticents au don d’organes; on y compte quatorze donneurs pour 1 million d’habitants. Pour Pascale Baer-Lilla et son fils cadet, faire campagne pour encourager les dons d’organes est à la fois une forme de consolation et un hommage au fils et au frère mort. Celui-ci avait choisi, à l’adolescence déjà, d’être donneur.
En se lançant avec générosité, Pascale Baer fait un travail de sensibilisation indispensable. En Suisse, il existe bien des cartes pour ceux qui souscrivent au don d’organes, elles sont disponibles dans les pharmacies mais elles restent confidentielles. Elles ne sont par ailleurs pas véritablement répertoriées et enregistrées. Selon les statistiques fournies par Swisstransplan, fondation suisse pour le don et la transplantation d’organes, plus de 1000 patients attendaient un don en 2001, pour 95 donneurs. 35 personnes en attente sont décédées, faute d’une transplantation.

LE CHOIX QUI DOIT ÊTRE RECONNU
«Choisir d’être donneur d’organes et porter sur soi son testament biologique est un acte qui doit être respecté et reconnu, estime Pascale Baer-Lilla, c’est un choix délicat et très personnel, au même titre que celui de son avenir.» Décidé dans une quiétude réfléchie, il est plus facile à faire qu’à chaud, dans un moment d’urgence.
Pour elle, lors du drame survenu à l’aube d’un matin d’hiver, la question n’a pas fait problème. Elle est une ardente militante du don d’organes et son fils avait dit haut et clair sa volonté d’être donneur, au cas où. Elle s’est battue pour que soit respecté son choix. Elle a réussi à convaincre sa famille réunie aux urgences autour du lit du jeune accidenté plongé dans un coma profond. «Ce qui est lourd aujourd’hui, c’est l’absence de mon fils, sa mort, pas l’idée qu’il y a des gens qui se promènent avec ses organes. Au contraire, savoir qu’il y a des familles heureuses, ça m’aide à vivre!» Connaître les receveurs ne lui poserait pas de problème. Les receveurs, de leur côté, aimeraient parfois pouvoir rencontrer les familles de donneurs. «Aucun interdit ne devrait être imposé», explique-t-elle.

LE MARKETING POUR SECOURS
Aujourd’hui, elle profite d’un congé sabbatique et utilise tous ses talents de directrice marketing pour récolter des fonds et des signatures de personnalités du monde politique, sportif, médical, artistique et musical qui veuillent bien s’engager à devenir donneur et à soutenir la fondation qu’elle a créée, «Passez le relais, qui a pour but de remédier à l’incohérence logistique actuelle.
NM/Protestinfo
www.passezlerelais.org